I'M SO PROUD OF YA

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J'ai encore beaucoup de mal à réaliser que tu as ouvert tes ailes.
Il est 23H26 et comme chaque soir, depuis plus d'un an, m'endormir me paraît impossible.
Je repasse sans cesse dans mes pensées noircies par le temps, la dépendance et le tourment, chaque minute, chaque seconde, que j'ai pu passer à tes côtés. J'ai beaucoup de mal à m'y faire, ton absence reste une plaie éternellement ouverte. Je sais que tu es fier de moi, que tu m'as aimé, que tu m'aimes et que tu continueras à m'aimer sans aucune retenue. Mais je grandis, je ne suis plus le gosse de quatorze ans que tu as protégé, consolé, apprivoisé, adouci, mis sur le bon chemin. Je change, je grandis, et la douleur avec. J'aurais voulu que tu me vois me construire, bâtir ma vie, lui donner un sens, la dompter.
Mes journées se font longues, grises, monotones, sans saveur. Les jours me paraissent une éternité. Chaque soir, il m'arrive de m'endormir avec ton Tshirt préféré, celui que tu mettais pour dormir, usé par le temps et par mes larmes. Mais au moins, je peux y retrouver un peu de ton essence personnelle. Parfois, pendant mon sommeil, je me réveille subitement, et j'ai l'impression que je ressens ton souffle chaud dans ma nuque. J'ai beau passer ma main sur l'oreiller, personne.
Je m'accroche à chacun des rituels que nous avions. Ils me font souffrir, mais ils ont au moins le mérite de redonner un semblant de ta présence dans ma vie. Je peins et dessine de plus en plus, et je ne peux m'empêcher de repenser à ces soirées, où ensemble, bière pour toi et grenadine pour moi, nous faisions à la dernière minute mes projets d'école, qui se finissaient bien souvent en explosion d'aquarelle, ou en bataille de baisers acidulés au bleu ou au rouge primaire. Ou alors ces matins où je m'amusais à te réveiller en te mordant la lèvre inférieure, ou encore ces soirées d'hiver où nous passions des nuits entières à parler, à rire, dans un bain, à manger des marrons glacés périmés, et à rêver de l'avenir, ensemble.
Le plus difficile à supporter, c'est de n'avoir plus tes bras, ton cou, pour me consoler lorsque j'ai des moments de faiblesse. Je me résigne à noyer ma douleur et mon chagrin dans tout et n'importe quoi. Te rendre visite, te parler, t'embrasser, sans réponse, ne me suffit pas, ne me suffit plus. La pierre ne parle pas. J'aimerais me laisser périr sur l'endroit où tu reposes, et qu'à l'instar de Tristan, je sois enveloppé par les lianes de ton amour, pour ne former plus qu'un avec toi, encore une fois...
Le mot "manque" est dérisoire, je ressens bien plus que cela. Sans toi, je me laisse mourir petit à petit, tu ne me reconnaîtrais plus. Quand je sens que je vais sombrer, je viens parfois devant ta porte, même si je sais que personne ne m'ouvrira, que seule la Mort et nos souvenirs hantent les pièces qui se cachent derrière. Je me m'assoie sagement sur le sol, et repose mon dos contre le métal froid. Le passé ne peut pas s'empêcher d'envahir mes pensées. Il m'arrive même de sentir ton parfum, mais je crois que ce n'est qu'une illusion.
Je donnerai toute mon âme, mon tout, pour que tu reviennes, pour ressentir la chaleur de ton corps, la douceur de tes mains, de tes mots, de tes regards. Tu donnais à ma vie un sens, je me sentais compris et surtout vivant quand tu étais là. Je ne voyais l'avenir qu'à travers tes yeux et tes lèvres. Ton amour, ton nom, sont tatoués sur ma peau.
J'aurais voulu t'aimer autant que tu me manques.



ETERNITY IS MINE

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Je n'ai qu'une ultime prière.
Plus le temps avance, plus je réalise que mon existence n'a pas de saveur, qu'elle n'a jamais été voulue, contrôlée. Je suis purement un incident de la vie. Les quatre lettres de mon prénom résonnent dans ma tête comme un mauvais rêve. Ma vie n'est qu'un chef-d'oeuvre maudit, aux pages déchirées, tâchées de sang, de larmes. Je suis sans cesse à la recherche de mon identité, je ne sais pas qui je suis, ce que je fais ici, ma place n'est pas de ce monde, j'en suis convaincu. Je vois défiler devant mes yeux une succession de pertes, d'échecs. Je ne peux plus supporter qui je suis ; mes actes sont incontrôlés, d'une noirceur éternelle, mes paroles ont le goût du péché, mon corps porte les stigmates de mes erreurs passées. J'ai toujours pensé connaître l'amour, l'euphorie, le sentiment de faire de sa vie un royaume brillant de promesses, mais mes lèvres embrassent les illusions, je n'y peux rien. Ce soir, j'en suis convaincu, mes ailes ne demandent qu'à s'ouvrir. Le seul chemin qui s'ouvre face à mes yeux, qui me tend les bras, c'est celui de l'éternité. Ce soir, je ne demande qu'une chose, je le jure, je n'ai qu'un seul souhait, le souhait de m'endormir, comme la toute première fois, dans ma chambre, sous la sainte lueur des bougies, Schubert m'offrant sa dernière mélodie, ses dernières notes. Je ne souhaite qu'une chose, une seule. M'allonger dans mon lit, ne penser à rien, oublier la fuite du temps, les minutes volatiles, fermer mes yeux d'enfant pour succomber au sommeil que j'espère tant, une moue esquissant un dernier sourire sur mon visage immobile. Ce soir, je veux m'endormir, laisser tomber mes paupière lourdes, sceller mes lèvres pour ne plus les rouvrir, je veux que la vie me donne son dernier souffle. Ce moment est enfin dans mes mains enfantines, je peux désormais embrasser l'éternité, ne faire plus qu'un avec elle, m'évanouir dans ses bras, me laisser bercer contre son sein. C'est cette nuit que mon envol prend tout son sens, c'est cette nuit que mes lèvres endormies murmurent "renaissance".

WE HAD MORE THAN MAGIC

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J'aurais juste voulu te dire combien je t'aimais une dernière fois. Mais tu as préféré partir comme ça, sans rien me laisser, sans rien m'expliquer, même pas un baiser volé, une lettre, un dernier souffle, une caresse ou l'ombre d'une larme. Tu ne m'as même pas laisser de quoi m'évaporer avec toi. Même pas un bout de corde, l'éclat d'une lame, l'écho d'une balle ou l'acidité d'un poison. J'aurais juste voulu que tu puisses me voir avancer, me construire, devenir un homme, devenir quelqu'un. J'aurais juste voulu que tu puisses me voir grandir, dans ma tête, dans mon corps, dans mon coeur. J'aurais juste voulu ne pas avoir à parler dans le vide, comme je le fais en ce moment précis. J'aurais juste voulu que tu vives encore. J'aurais juste voulu que tu m'aimes encore. Je ne réussis pas à t'en vouloir, c'est impossible. Tourner la page, c'est également impossible.
Désormais, comment veux-tu que je vive normalement ? Avec toi, je m'attendais à tout, mais pas à ça. Je suis une nouvelle fois orphelin. Tu avais réussi à me redonner mon identité, une vraie. Tu as su incarner un père, un grand frère, mais surtout un amoureux hors pair. Tu savais faire battre mon coeur comme personne, tu savais m'aimer et m'apprécier à ta façon, peut-être parfois un peu maladroite, blessante, mais sincère, rassurante, unique, inégalable. Je crois que je t'aimais, bien plus que je ne me l'autorisais. J'aurais voulu t'aimer sans modération, comme tu as su le faire. Je prends conscience à quel point tu me manques. Je n'ai plus tes bras et ton torse quand j'éprouve le besoin de pleurer, comme ces moments d'incompréhension, de détresse, où tu me retenais, effaçant mes larmes, posant ma tête sur ton épaule, tes doigts dans mes cheveux, me portant comme un enfant. Je n'ai plus tes paroles pour apprendre le sens de la vie, pour déceler les vices des hommes, pour prendre de l'assurance dans le futur, pour écouter tes leçons de vie, que je repoussais dans un premier temps, pour mesurer ensuite leur richesse. Je n'ai plus tes lèvres, rosées et brûlantes, seule gourmandise que je mangeais avec plaisir. Je n'ai plus le triste éclat de tes yeux pour m'évader, pour rêver, pour te comprendre d'un mouvement de cil. Je n'ai plus tes mains, si grandes par rapport aux miennes, enfantines, pour me réchauffer ces soirs d'hiver, où tu m'aidais à faire mes devoirs ou un ennuyeux exposé, ou encore pour soigner mes bleus, mes blessures de gosse. Je n'ai plus ton dos pour m'endormir, ni la chaleur de ton si grand corps, qui enveloppait le mien, sculpté de juvénilité, tes jambes emmêlées avec les miennes. Je n'ai plus la douceur de ta voix, veloutée et prisonnière de mes oreilles, victimes de la caresse de tes mots. Je n'ai plus ton odeur, ton parfum, s'évaporant peu à peu. Je n'ai plus ta peau, seul îlot où j'ai caché la clé de mon innocence. Je n'ai plus ton amour, le marteau de mon coeur, l'antidote à tous mes maux, l'essence de mes veines. Mais surtout, je ne t'ai plus.
Si tu savais comme je souffre, comme je saigne, comme mon coeur se tord, s'écrase, se serre quand je pense que je suis impuissant face à ton absence, que plus rien ne sera comme avant, que tu ne reviendras jamais, que je pourrais t'attendre des heures, des semaines, des siècles, toute l'éternité, pour que tu ne me sois jamais rendu. J'en veux à la terre entière, je m'en veux, j'en veux à la vie. Elle n'a plus de sens sans toi, mon coeur ne bat plus, mes jours se font fades, sans saveur. J'ai essayé de te rejoindre, mais cette connasse de vie m'a rattrapé. Je survis désormais, pour toi, pour ton amour, pour que tu sois fier de moi. Je te dois tout, tu m'as fait goûter la vie ; chaque seconde avec toi valait tout l'or du monde. On peut me donner des milliards et des milliards, je ne voulais, je ne veux et je ne voudrais que toi.


À mon Nicholas.

THE END OF TIME

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Un besoin d'écrire, de mettre sur papier mes pensées.

C'est drôle de voir la tournure de sa propre vie ; échec. À quinze ans, j'ai déjà dans ma tête les idées les plus noires qui puissent exister. Les pires de chez pires, dépassant tout entendement. C'est drôle de voir à quel point ces temps-ci je descends dans le gouffre, celui de la peur, de l'anxiété, du stress, de l'estime de soi, ou tout autres critères malfamés. Je réalise que je n'ai pas tellement de but dans ma vie. À quoi sert-elle ? Où mènera-t-elle ? À la mort, certes, mais combien d'obstacles faut-il affronter avant d'arriver à cette libération, où contraintes, limites et préjugés sont effacés, lessivés ? Combien ? Nous sommes dimanche, le pire jour de la semaine. Celui de l'ennui, celui des âmes solitaires. Et aujourd'hui, je suis prisonnier. Prisonnier dans l'écorchure de la vie. Je réfléchis, peut-être trop d'ailleurs. Je ne supporte plus les gens autour de moi, les voir me donne la nausée, je préfère la solitude. Au moins, je n'embête personne, et personne ne m'embête. C'est amusant aussi de voir à quel point je tombe bas. L'école, les contraintes, les barrières, cette vie calibrée, se résumant à "Obtiens ton bac, et on verra", s'ensuit le slogan : boulot, manger, dodo. Puis, on vieillit, dans une société hiérarchisée comme une ruche. À moins d'être une rockstar, nos vies sont destinées à être plus que banales. Nous avançons dans le (pseudo) chemin de la vie, tels des morts-vivants, luttant et remuant ciel et terre pour mettre un peu d'étincelles dans nos vies si ennuyantes. Je suis navré, mais pour moi, ce n'est pas cela la définition de la vie. Et tout ceci me donne des envies de meurtre. J'ai l'impression de devenir fou. Je ne veux pas de tout cela. Je ne veux pas de cette vie. Au moment où je parle, je me pose les pires interrogations. Paracétamol ? Noyade ? Grève de la faim ? Mais putain, qu'est-ce qui me pousse à penser à ces choses-là. Chaque jour me dégoûte davantage : tous sourient, profitent, s'amusent. Et moi, je suis à enfermer, malade mental, psycho-igide, âme torturée, complètement dérangé. À qui la faute ? Je cherche encore. Je veux juste stopper un peu tout cela, faire un break, m'évader : vivre. De l'aide, je n'en ai pas. Je n'en veux pas. J'ai constamment cette boule au fond de la gorge, l'estomac noué à l'extrême, le teint livide, la mine fatiguée. Et depuis quelques jours, il suffit juste que je me retrouve tout seul, pour quoi ? Pour chialer débilement, pendant des heures, pendant des siècles. Mais qui peut comprendre ? Personne, vraiment personne.

Cette souffrance fait partie de celles qui sont incurables, incompréhensibles, celles qui nous laissent béas, perplexes, pétrifiés. Il n'y a que pendant le sommeil que je peux me réconforter un peu, et encore, quand j'arrive à dormir. S'endormir pour ne plus jamais se réveiller, c'est pas un rêve ? Je pense souvent à une porte de sortie. Partir un beau matin, pour ne plus jamais revenir. Disparaître. Se livrer à soi-même, apprendre la loi de la rue, de la liberté. Parcourir le monde, sauter dans un train, un avion, pour aller "quelque part". Ne plus se poser de questions, subsister, en venir à voler, à saigner, comme un jeu de survie. Un retour à la Nature. Animal en fuite. Animal en fugue. Moi : le maître du jeu ; la vie : le pion.


I'VE BEEN ADDICTED TO YA

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La première que j'ai croisé ton sombre regard, oui, cette première fois, je m'en souviens comme si c'était hier. Je marchais, rue de Rennes ; il pleuvait, beaucoup trop même. La chaussée était plus que glissante, j'ai d'ailleurs loupé à deux reprises de m'effondrer sur le trottoir. Les gouttes, élancées, foudroyantes, me fouettaient le visage. J'avais froid, j'étais trempé. Et j'avançais, l'âme en peine, le coeur en lambeaux. Mes cheveux tombaient sur mes yeux, affaiblis. Mon col de manteau, remonté, tentait de me protéger de l'humidité glaciale, en vain. Je me suis arrêté, sous une arcade. J'avais du mal à avancer, la pluie me fatiguait. J'ai appuyé mon cadavre contre un bout de mur, froid et mouillé. Je cherchais du regard une lueur d'espoir, de réconfort, mais rien n'estompait ma souffrance.

Puis, tu es passé. Telle une créature volage, tu t'es approché. Tu m'as tout simplement demandé si j'avais une clope, avec du feu évidemment. Je ne t'ai pas vraiment remarqué au début, j'étais perdu dans mes pensées. Puis, ton regard, froid, triste, terriblement fragile, m'a transpercé. Et j'ai su à ce moment-là que c'était toi que je voulais. Je t'ai répondu avec ma timidité et ma maladresse légendaire, d'un "non, désolé" incompréhensible, presque inaudible. Je me rendais compte de la beauté de ton allure, ton attitude nonchalante, légère, mystérieuse. Ton essence représentait le Mal, elle m'enivrait. Et nous avons parlé, sous la pluie, dans l'ombre d'une arche, derrière la pierre. Et je t'ai aimé. Pire, dévoré. J'étais amoureux.


LIKE THE FIRST TIME

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Il est 03:12, précisément.
Je regarde la nuit, pas la fenêtre, et elle me donne tout simplement envie de pleurer. Les étoiles ne vivent pas ces temps-ci, faute de l'Hiver. Te rappelles-tu de cette soirée.. te rappelles-tu ?.. nous étions tous les deux, assis sur la terrasse. Tu fumais, comme un pompier, comme d'habitude. Et puis, tu m'as pris, tu as posé délicatement tes lèvres sur les miennes, gelées et écorchées par le froid. J'avais perdu toute notion du temps. Je ne savais plus si nous étions en plein jour, ou en pleine nuit. J'ai pu percevoir dans ton regard, grave, mais si attendrissant, une pointe de tristesse : tes lèvres faiblissaient, tes sourcils tremblaient. Dans ton regard si sombre, si profond, je ne trouvais plus ta protection, celle qui m'apaisait chaque soir, et chaque moment où je perdais tout contrôle de moi-même. Tu commençais déjà à partir.. Silence. Doute. Anxiété. Puis, soudain, tu as relevé mon menton, et tu m'as montré ces deux étoiles. Je n'ai pas compris. C'étaient les deux étoiles les plus éloignées l'une de l'autre. Des millions de kilomètres devaient les séparer. Je t'ai regardé, avec crainte, ma moue boudeuse légendaire son mon visage fatigué, défoncé. Tu n'as pas répondu, du moins, pas sur le moment...

Et puis, tu as ouvert la bouche.
La Terre ne tournait plus ; elle s'est effondrée.

"Tu vois, ces deux étoiles. C'est nous deux. Ce sera nous deux, dans peu de temps."

Je fus sonné. Je ne te comprenais pas. Je ne pouvais plus parler, je ne savais pas quoi répondre. J'ai levé ma carcasse, j'ai quitté ton étreinte, et je suis allé m'appuyer contre la rambarde de la terrasse, à vingt mètres du sol. Tu sais quoi ? Tu m'avais donné envie de sauter. Je voulais sauter, pour voir si tu me rattraperai. Oh, et puis non. J'ai réfléchis à deux fois. Je ne te comprenais vraiment pas. Alors, je suis rentré dans l'appartement, l'âme en peine, les yeux livides. J'ai filé vers la salle de bain, je n'ai même pas pris la peine de me laver les dents et le visage et je suis allé m'engouffrer dans mon lit. J'ai fermé les yeux. J'attendais que tu viennes. Cette attente m'a paru durer des heures entières, des siècles, des millénaires. Je me suis endormi, je suis tombé dans les bras de Morphée. Je ne pensais plus à rien, la notion de rêve n'existait plus.

Es-tu venu ? Es-tu venu me rejoindre ? Je ne savais pas.

06h47, mon portable me réveille. Je l'assomme. Mes yeux étaient flous, ma tête dans le brouillard. J'avais froid. J'ai relevé mon buste, avec difficulté tellement mes maux de tête étaient violents. Je te cherchais du regard. Je cherchais une trace sur la couverture : elle était lisse, plane, sans aucun signe de passage, de vie. Mais où étais-tu passé ? Je me suis levé, j'ai trébuché. J'ai soupiré. J'ai avancé. Je me suis précipité sur la terrasse pour voir si tu y étais. La réponse était non. J'ai suffoqué. J'ai tourné la tête avec précipitation. Puis, j'ai trouvé ton mot, blotti sur le hamac. Je l'ai ouvert, avec précaution.

"Oublie-moi."

Ma vision s'est mise à tourner de plus en plus vite. Le souffle me manquait. Je ne comprenais vraiment, mais alors, vraiment plus rien. Où étais-tu passé ? Où étais-tu putain ? Et j'ai pleuré, je me suis effondré. Cela devenait de toute manière un rituel quotidien. J'étais un raz-de-marée. Je suis retourné me coucher, avec l'espoir de ne jamais me réveiller. Comme un mauvais rêve. Les jours sont passés. Aucun signe de toi, même pas un mot.

Et, tu es revenu, un soir. Tu as sonné. Je ne réalisais pas si c'était vraiment toi, j'étais perdu. Je t'ai ouvert. Tu es monté. Nous avons parlé, pendant des heures. C'était juste un coup de tête, tu m'as dit. Un coup de tête qui m'a donné un vrai coup de pied dans le bide, cependant. Puis, je t'ai retrouvé. J'ai retrouvé ton parfum, ton visage, tes boucles brunes, ton regard bleu azur... j'ai retrouvé la vie. Et ça a duré, longtemps, très longtemps...

Tout ceci remonte à six mois, environ.
Retour vers le présent. Ce sombre présent. Au moment où je parle ? Comment je vais ? C'est simple : tu es parti, voilà une semaine. Tu m'as refais le même coup. Mais en ne me laissant aucune explication. Sans rien, sans mot, sans aucun mot. Et là... Je suis sur ma terrasse ; et si je sautais ? Tu ne seras pas là pour me retenir.


MISSING YOU JUST RUNS TOO DEEP

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Non, je retombe. Non, je ne veux pas. Je ne peux pas.. Je dois résister. Je n'ai pas le droit, non. Pas le droit. C'est trop dur. Tu es parti.. tu es loin.. à des milliers de kilomètres, aux confins de l'univers. Tu n'es plus de ce monde. Et tu m'as quitté, comme ça, sans rien me dire. Même pas un mot, une syllabe. Même pas.. J'aurai pu parcourir le monde sur ton dos, nous aurions pu voler, loin, encore plus haut que les étoiles, à travers la Galaxie tout entière, entre Saturne et Pluton, frôlant de peu de te brûler les ailes à cause de cette proximité solaire. Nous aurions pu.. Je me suffisait à toi-même. Tu représentais à toi seul tout ce que j'avais toujours désiré, comme le Graal, intouchable, rare. J'en suis devenu trop possessif. Nous avons connu des hauts, comme des bas. Je me débattais sans cesse, sans vraiment savoir ce que je faisais, si je devais revenir, ou partir. J'aurai pu.. j'aurai pu.. te dire à quel point je t'aimais. Mais non, tu n'es plus là. Je ne sais pas où tu es. Tu as disparu, comme invisible. À mes yeux oui, mais pas à mon coeur. Et ce qui me fait le plus souffrir, c'est que tu es tout de même là. J'ai ton odeur, tes yeux, ta bouche constamment avec moi. C'est comme ces empreintes indélébiles nommées "souvenirs", qui vous font plus sombrer qu'autre chose.

J'en ai eu marre d'attendre, attendre une réciproque. J'en ai eu marre de tourner sans cesse autour de toi, comme le jeu du chat et de la souris. Je me suis endormi avec toi, j'ai vécu avec toi, chaque soir de novembre dernier, au plus profond de l'hiver. Je croyais qu'il suffisait de t'aimer. Mais ce jeu étais bien trop facile, comment ai-je pu être si naïf. J'étais encore bien jeune, comme obnubilé par ton charme, par tes phrases légendaires, ou encore ta sensibilité inégalée. On se comprenait sur tous les points. Et moi, j'acquiesçais tous tes moindres caprices. J'ai été trop gentil. Je m'en rends compte aujourd'hui : vraiment trop gentil. Je n'étais qu'un jouet, une poupée qui disait "oui", qui t'envoyais de jolies fleurs en pleine figure. Des éloges surenchéris. Au fond, j'avais tort. Tu n'es pas du tout ce que je croyais. Je suis tombé dans ton piège. Il s'est renfermé, et je n'en suis jamais vraiment sorti. Et j'ai sombré, sombré, sombré. La première goutte d'encre noire est tombée sur la page de ma vie. Je me dégoûtais, je souffrais, je m'effaçais. Je me détestais, à un point que personne ne peut imaginer. Je suis entré timidement dans le gouffre, puis j'y suis tombé avec violence. Je n'avais que cela pour m'accrocher, pour prendre ma respiration. C'était comme une libération sadique. Tu ne me comprenais pas. Tu t'en fichais, tu avançais, égoïste, égocentrique. Aucune question tu t'es posée. Je n'ai jamais été aussi perdu. Je devenais un zombie, à demi-mort, à demi-vivant. Je m'effritais avec l'érosion du temps et mes pluies de larmes. La fatigue s'est alors abattue sur moi. C'est comme si j'avais claqué de l'intérieur. J'étais transparent, éteint. Mort artificielle. Et puis, du haut de ta perversité, tu revenais sans cesse hanter mes nuits, mes journées. Tu réapparaissais sans cesse, comme une malédiction. Puis, tu me parlais quelques fois, même pour ne rien dire. Mais rien n'était comme avant. Tout avais changé. Tu n'étais plus le même, comme méconnaissable. Et je retombais, retombais..

Respiration difficile. Tremblements. Pupilles humides.
Larmes.
Noir, noir, noir.

Tous ces rêves, ces illusions. Tout n'étais qu'artificiel, faux. Le plus gros mensonge de ma vie. Et la plus belle connerie de la tienne. J'espère juste que la mort t'emportera, que tu tomberas de haut, transpercé par ton arrogance éternelle. Des regrets, j'en ai. De la pitié aussi. Mais moi, je serai peut-être là pour te relever. Ou peut-être pas. Mais, n'oublie jamais une chose...










Je t'aime autant que tu me hais.


ESSENCE OF LOVE

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Il portait ce parfum. Vous savez, c’est un de ces parfums que vous ne sentez qu’une fois dans votre piteuse existence et qui, pourtant, vous suit partout. Un parfum qui vous hante et vous rend fou. Ce parfum : son parfum. Nous nous sommes croisés, ou plutôt non, je l’ai croisé. Une nuit, dans une rue remplie par le silence des âmes et le simple murmure de mon cœur. Il a bouleversé le court des choses, le court de mes larmes. C’est dans ce sombre tableau qu’il est venu déposer une touche de couleur. Du noir. Un nuage olfactif. Noir. Corbeau. Il ne le sait probablement pas, mais ce jour là, il a gâché ma mort. Je nourrissais en moi ce besoin maladif de ne plus entendre résonner les battements de la vie. Je voulais devenir sourd, sourd à mes douleurs, à la foule, à mes rêves. Sourd à son parfum.


GOODBYES

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Paris. Nuit tombante, glaciale, étouffante.

J'ai accéléré le pas, j'ai commencé à courir, j'ai entamé une course perdue d'avance : celle d'éviter ce flot de larmes si redouté. Et j'ai couru, couru, couru. Aussi vite que je le pouvais, à m'en crever les poumons. Ma respiration saccadée me brûlait la gorge, m'enflammait le coeur. J'étais perdu, j'allais n'importe où, tant que j'échappais, tant que je fuyais. Je bousculait sans aucune excuse, avec précipitation, à travers la foule parisienne. Je devais trouver un endroit, un endroit où je serai en sécurité. J'ai cherché, cherché, cherché, je n'ai pas trouvé. Les larmes redoublaient. Mes yeux se perçaient, saignaient. Je payais pour cette accumulation de fatigue. Mes cernes se creusaient de jour en jour. Je m'asséchais. Je suis en phase de mort lente, à petit feu. Et j'ai recommencé à courir. Glissade sur la chaussée humide. Je me relève, j'ai mal. Mon jean s'est déchiré au niveau du genou. Le sang transperce peu à peu la matière. Larmes. Encore. Mais je n'ai plus le temps de penser, de m'affliger : je dois courir. J'ai la mine grise, les gens ne comprennent pas, me regardent comme un malfrat, un captif en fuite. Mes jambes ne tiennent plus. Mon corps ne tient plus. Et je cours, je cours, je cours, jusqu'à mon dernier souffle.

C'est beau Paris la nuit, mais c'est aussi très déprimant. La nostalgie s'empare de moi. Je n'en peux plus. Mais je dois.. courir. Mes enjambées se font de plus en plus grandes. Je ne vois plus rien. C'est flou. Paf. Mon ventre s'entrechoque violemment avec un poteau urbain. Je me crispe de douleur. J'essaye de contenir la boule qui vient d'exploser dans mes entrailles. Je me penche, je respire, du moins j'essaye. Une vague de vomi s'échappe de ma bouche, écorchée, pâteuse. Je lutte. Mes chaussures sont foutues. Mais je n'ai qu'un seul but : m'échapper, courir, voler. Je recommence ma course folle. Pendant des heures, j'ai couru, sous les feux parisiens. Et je suis arrivé au niveau du Pont Neuf. Je me suis précipité pour descendre les escaliers en direction des quais. Les clochards, les putes, les gens malfamés et les écorchés de la vie déambulaient dans la pénombre en dessous du pont.

J'étais face à la vie. Face à la case finale. Je n'étais qu'un morceau de chair difforme, seul. Je n'étais qu'un enfant. Qu'est-ce que je faisais là ? Je respirais la réalité. Je me la payais en pleine gueule. Mais je n'avais pas peur. J'ai continué à avancer. Un banc solitaire me tendait les bras. Je l'ai rejoint sans difficulté. J'ai retrouvé le calme. Le bruissement de la Seine en fond sonore. Les voitures. Les bouteilles cassées. Les chuchotements. L'odeur de pisse, de crasse. C'est ça la vie ? C'est ça ? J'ai mis mes mains dans mes poches. J'ai croisé mes jambes. J'avais mal à la jambe droite, déchiquetée. Hémoglobine en éruption. Je ne ressemblais à rien. Je n'étais rien. Et j'ai pleuré. Le monde est tombé à mes pieds. Il s'est effondré. Mes sanglots ne voulaient cessez. Personne ne comprend. Tout le monde est aveugle. Tu es aveugle. Deux bonnes heures de solitude après, ma tête était vidée. Mon corps tout entier l'était d'ailleurs. Je me suis levé, je me suis approché du bord, j'ai été charmé par l'eau. Et j'ai soupiré, tremblant. Pourquoi pas ? J'ai sauté. J'ai suffoqué. L'eau est rentrée dans mes poumons. L'eau à inondé ma vie. L'eau et moi, on ne faisait qu'un.



J'ai senti une main, une chaleur humaine, un souffle.
Un baiser.
Incompréhension.
Réalité ? Fiction ?
Une larme sur ta joue.
Noir.



Dimanche, nuit noire, 3;12. Tu as fais la plus grosse erreur de ta vie : tu m'as sauvé. Pire, tu m'as aimé.