J'ai encore beaucoup de mal à réaliser que tu as ouvert tes ailes.
Il est 23H26 et comme chaque soir, depuis plus d'un an, m'endormir me paraît impossible.
Je repasse sans cesse dans mes pensées noircies par le temps, la dépendance et le tourment, chaque minute, chaque seconde, que j'ai pu passer à tes côtés. J'ai beaucoup de mal à m'y faire, ton absence reste une plaie éternellement ouverte. Je sais que tu es fier de moi, que tu m'as aimé, que tu m'aimes et que tu continueras à m'aimer sans aucune retenue. Mais je grandis, je ne suis plus le gosse de quatorze ans que tu as protégé, consolé, apprivoisé, adouci, mis sur le bon chemin. Je change, je grandis, et la douleur avec. J'aurais voulu que tu me vois me construire, bâtir ma vie, lui donner un sens, la dompter.
Mes journées se font longues, grises, monotones, sans saveur. Les jours me paraissent une éternité. Chaque soir, il m'arrive de m'endormir avec ton Tshirt préféré, celui que tu mettais pour dormir, usé par le temps et par mes larmes. Mais au moins, je peux y retrouver un peu de ton essence personnelle. Parfois, pendant mon sommeil, je me réveille subitement, et j'ai l'impression que je ressens ton souffle chaud dans ma nuque. J'ai beau passer ma main sur l'oreiller, personne.
Je m'accroche à chacun des rituels que nous avions. Ils me font souffrir, mais ils ont au moins le mérite de redonner un semblant de ta présence dans ma vie. Je peins et dessine de plus en plus, et je ne peux m'empêcher de repenser à ces soirées, où ensemble, bière pour toi et grenadine pour moi, nous faisions à la dernière minute mes projets d'école, qui se finissaient bien souvent en explosion d'aquarelle, ou en bataille de baisers acidulés au bleu ou au rouge primaire. Ou alors ces matins où je m'amusais à te réveiller en te mordant la lèvre inférieure, ou encore ces soirées d'hiver où nous passions des nuits entières à parler, à rire, dans un bain, à manger des marrons glacés périmés, et à rêver de l'avenir, ensemble.
Le plus difficile à supporter, c'est de n'avoir plus tes bras, ton cou, pour me consoler lorsque j'ai des moments de faiblesse. Je me résigne à noyer ma douleur et mon chagrin dans tout et n'importe quoi. Te rendre visite, te parler, t'embrasser, sans réponse, ne me suffit pas, ne me suffit plus. La pierre ne parle pas. J'aimerais me laisser périr sur l'endroit où tu reposes, et qu'à l'instar de Tristan, je sois enveloppé par les lianes de ton amour, pour ne former plus qu'un avec toi, encore une fois...
Le mot "manque" est dérisoire, je ressens bien plus que cela. Sans toi, je me laisse mourir petit à petit, tu ne me reconnaîtrais plus. Quand je sens que je vais sombrer, je viens parfois devant ta porte, même si je sais que personne ne m'ouvrira, que seule la Mort et nos souvenirs hantent les pièces qui se cachent derrière. Je me m'assoie sagement sur le sol, et repose mon dos contre le métal froid. Le passé ne peut pas s'empêcher d'envahir mes pensées. Il m'arrive même de sentir ton parfum, mais je crois que ce n'est qu'une illusion.
Je donnerai toute mon âme, mon tout, pour que tu reviennes, pour ressentir la chaleur de ton corps, la douceur de tes mains, de tes mots, de tes regards. Tu donnais à ma vie un sens, je me sentais compris et surtout vivant quand tu étais là. Je ne voyais l'avenir qu'à travers tes yeux et tes lèvres. Ton amour, ton nom, sont tatoués sur ma peau.
J'aurais voulu t'aimer autant que tu me manques.